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LES EXPLORATEURS 2ème PARTIE

Il restait à trouver l'embouchure du fleuve Mississipi dans le golfe du Mexique. En 1697, un des fils les plus importants du Canada, Pierre Le Moyne, Sieur d'Iberville, à l'âge de trente-huit ans fut choisi pour trouver l'endroit où La Salle avait débarqué.

D'Iberville était l'un des treize enfants nés au Canada d'une riche famille de Montréal (Son père, Charles, était arrivé en Amérique comme serviteur engagé sous contrat). Pierre Le Moyne se fit soldat et combattit pour chasser les Anglais hors de la région de la Baie d'Hudson ainsi qu'à Terre-Neuve. Il se fit un nom comme commandant durant la guerre contre les Anglais en 1697. Connu pour ses combats impitoyables, sa popularité en France conduisit le roi à lui confier la mission de trouver l'embouchure du Mississipi dans le golfe du Mexique et y établir un fort. D'Iberville pensait qu'il fallait localiser la tribu indienne où se trouvait la lettre de Tonti destinée à La Salle. Dans ce but, d'Iberville quitta la France avec trois bateaux (la Badine, le Marin et le navire de guerre le Francios) avec la bénédiction du ministre de la Marine, Louis Phélyppeaux, comte de Pontchartrain. A bord des bateaux se trouvaient des hommes pour construire un fort ainsi que les matériaux nécessaires; du bétail, des cochons, etc., ainsi que toutes sortes d'embarcations. Le jeune frère d'Iberville, Jean-Baptiste Le Moyne, Sieur de Bienville était aussi de l'expédition.

Par chance, la nouvelle de la tentative française parvint aux oreilles des Espagnols qui immédiatement renforcèrent leur petit poste de Pensacola au cas où les Français entreraient dans la baie. Le 27 janvier 1699, après avoir contourné la côte de Floride pendant quelques jours, d'Iberville trouva un lieu de mouillage idéal et fit mouiller deux bateaux à cet endroit. C'était la baie de Pensacola. Il prit contact avec le poste espagnol. Les Espagnols furent d'accord pour lui fournir l'eau et le bois qu'il voulait mais lui interdirent de rester dans la baie. D'Iberville décida de filer plus loin vers l'ouest sans attendre pour prendre le ravitaillement nécessaire.  L'expédition française arriva dans la baie de La Mobilla (Mobile, Alabama).

30 et 31 janvier 1699. Vu l'embouchure du fleuve Mobile, observé l'île du Massacre (60 cadavres d'Indiens furent trouvés.) Cette île fut nommée ultérieurement l'île Dauphin.

1er février 1699. Navigué doucement et sondé l'endroit. Observé des îles au nord: Petit-bois et l'île de la Corne. Observé des îles au sud: la chaîne des îles de la Chandeleur et deux autres au nord-ouest. Sondé l'endroit pour trouver un lieu de mouillage en eau sûre.

13 février 1699. Je naviguais vers la terre quatre lieues au nord d'ici dans mon biscaïen (chaloupe) avec onze hommes et mon frère dans un canoë d'écorce avec deux hommes. J'allais au rivage et trouvais deux traces d'Indiens faites hier que je suivis à pied avec un homme.  Mon frère me suivait dans le canoë et le biscaïen suivait une demie lieue derrière nous pour ne pas effrayer les Indiens.

14 février 1699. Je continue de suivre les traces des Indiens, ayant laissé à l'endroit où je passai la nuit, deux haches, quatre couteaux, deux boites de perles en verre un peu rouge vermillon. Je remarquai un canoë naviguant vers une île où plusieurs Indiens l'attendaient. Ils rejoignirent cinq autres canoës qui faisaient la traversée vers le rivage au nord. Comme l'endroit où j'étais était séparé d'eux par une baie (aujourd'hui la baie de Biloxi), d'une lieue de profondeur et quatre lieues de longueur, j'allai dans mon canoë et poursuivis les canoës et les rattrapai quand ils débarquèrent au rivage. Tous les Indiens fuirent à toute vitesse dans les bois, laissant leurs canoës et leurs affaires... Je trouvai un vieil homme qui était trop malade pour se tenir debout. Nous échangeâmes quelques signes. Je lui donnai de la nourriture... J'envoyai mon frère et deux Canadiens après les Indiens qui avaient fui pour essayer de les faire revenir ou en capturer un. Vers le soir, il m'amena une femme qu'il avait attrapé à trois lieues d'ici. Je la laissai près du vieil homme après lui avoir donné un cadeau et du tabac pour les hommes.

15 février 1699. Cinq Indiens se manifestèrent pour fumer le calumet de la paix. Le vieil homme mourut à dix heures du matin. Les Indiens régalèrent les Français de maïs.

16 et 17 février 1699. Après avoir communiqué avec les Indiens par signes, nous apprîmes que les Indiens étaient des tribus Bilocchy, Moctoby et Pascagoula (en langue chacta, Pascagoula signifie "peuple du pain") et leurs villages étaient situés sur les bords de la rivière qu'ils appelaient Pascagoula. Ils y vivaient tous ensemble. Trois Indiens furent invités pour visiter les bateaux où ils découvrirent de grandes merveilles, ainsi que le tir de canons. Les otages furent laissés aux Indiens sur le continent en signe d'entente mutuelle. Quand nous retournâmes sur le continent, plus d'Indiens, y compris un chef d'une grande tribu à l'ouest furent rencontrés: les Bayogoulas et les Mugulashas (deux tribus vivant ensemble dans le même village) qui expliquèrent qu'ils étaient venus de l'est. Ils étaient à la chasse au bison; ils entendirent le son du canon et ils vinrent au bord de mer pour voir de quoi il s'agissait. Après avoir échangé des informations, nous apprîmes que ces Indiens vivaient au bord d'un grand fleuve qu'ils appelaient "Malbanchya"... Celui-ci devait certainement être le fleuve Mississipi.

18 février 1699. La décision fut prise après avoir discuté avec les Indiens et consulté des cartes, de sonder la rivière Pascagoula pour déterminer si elle était navigable et si elle pouvait être un affluent oriental du Mississipi. Le mauvais temps contrecarra ce voyage.

Ils retournèrent sur l'île des bateaux (aujourd'hui Ship island) où les navires étaient au mouillage pour le temps que prendrait l'exploration de la côte, pour prendre le matériel nécessaire à la découverte du Mississipi. Parmi ces articles: seize fûts de vin, dix petits barils de farine, quatre-vingt-dix-sept livres de beurre, etc. D'Iberville essaya de convaincre les Bayagoulas d'abandonner leur chasse et de rester avec eux pour les aider à situer et les guider vers le fleuve Mississipi.  Bienville revint du continent disant que les Bayagoulas étaient retournés à leur village sur le grand fleuve, le Malbanchya. D'Iberville savait que ce fleuve est actuellement le fleuve Mississipi et il réalisa qu'il devrait y aller sans guide indien. 

27 février. Je quittai les bateaux aux mouillage sur mes deux biscaïens et deux canoës avec mon frère et quarante huit hommes, des provisions pour vingt jours pour aller au Mississipi que les Indiens appelaient Malbanchya et les Espagnols La Palissade. Le vent était du sud-est et il tombait une bruine. Je me dirigeai au sud vers les îles de la Chandeleur qui étaient visible d'ici et longeai la côte sur six lieues avec un fond de cinq ou six pieds d'eau... A sept lieues au sud des bateaux, je passai entre une île boueuse et une île herbeuse... Des ces îles, pour suivre le rivage et éviter d'être déporté par les flots d'un quelconque fleuve, je pris le cap sud sud-ouest sur trois lieues le long de ces îles. Je passai la nuit sur une île très basse couverte d'herbe.

1er mars. Il pleuvait et tonnait toute la journée... Je restai sur cette île, déjà imbibée d'eau. Nous ne trouvâmes point d'arbres en ce lieu, pas d'eau potable (aussi bien que sur les autres îles où nous sommes passés. Sur toutes ces îles, nous tuâmes des ratons-laveurs qui vivaient ici de coquillages.) Leur fourrure est roux-brun.

2 mars. Je pris le cap sud sud-est traversant une baie de deux lieues... Vent nord nord-est et mer si grosse que je ne pouvais pas rester au large ni aller vers le rivage, l'eau étant si peu profonde. Je restai là sur mes chaloupes, les canoës à bord de celles-ci. De grosses vagues inondaient par moment les chaloupes. Après que j'eus pris le cap sud-est pendant trois heures et doublé une pointe de récifs (nous savons aujourd'hui que ces récifs sont en fait de la boue), la nuit arrivait et le mauvais temps continuant, nous dûmes aller au rivage pour passer la nuit pour ne pas périr en mer. J'ai dû affronter ces récifs dans le but de continuer notre voyage de jour pour ne pas risquer la vie de mes compagnons et de ne pas perdre les chaloupes. Quand je passai près du récif pour me mettre à l'abri, je m'aperçus que c'était un fleuve. Je passai entre deux récifs avec douze pieds de fond et la mer grosse. Quand je fus de l'autre côté des récifs, je trouvai que l'eau était douce avec un fort courant. Ces récifs m'apprirent que c'était le fleuve "Palissade" et je pensai que ce nom était bien trouvé. Je trouvais l'embouchure du fleuve vingt-huit lieues au sud de l'endroit où étaient les bateaux. L'eau du fleuve ne se mélangeait pas avec l'eau salée sur trois quarts de lieue dans la mer sur dix huit ou vingt brasses de fond. Des bateaux pouvaient entrer, mouiller dans l'embouchure et avoir de l'eau potable sans risques.

Les jours suivants, ils remontèrent le fleuve plus au nord, pour faire des sondages. La ramification de trois passes est remarquée deux lieues au-dessus de l'embouchure. Les courbes du fleuve sont notées comme les arbres émergeants et d'autres remarques sont faites, la région étant sujette à des inondations. Le courant rendit l'expédition lente mais la distance moyenne parcourue était d'environ six lieues par jour. Au environ de vingt à trente lieues de l'embouchure, six canoës indiens furent aperçus. Tous les Indiens s'enfuirent sauf un. L'Indien qui resta était de la tribu des Biloxis qui connaissait l'arrivée d'Iberville dans le golfe. Les Biloxis et les Bayogoulas étaient pacifiques entre eux. L'Indien nous apprit que l'expédition de chasse des Bayogoulas était terminée et que ceux-ci étaient rentrés au village. Le village était selon les Indiens à vingt-quatre lieues au nord (trois jours et demi de voyage). L'Indien nous servant de guide nous laissa plus loin en amont. Deux hommes  d'Iberville apparemment se sont perdus pendant une chasse au canard (ils furent trouvés par des Indiens et finalement revinrent aux bateaux quelques semaines plus tard). Finalement, le treize mars, ils arrivèrent au village indien habité par deux tribus, les Bayogoulas et les Mogoulachas. Célébration avec les Indiens de l'arrivée des Français dans le village; ceux-ci sont chaudement accueillis. Des cadeaux sont échangés et le calumet de la paix donné par d'Iberville au chef des Bayogoulas des semaines plus tôt a été exposé au milieu du village.  Un Indien a été assigné pour le surveiller avec ses yeux fixés sur lui sans bouger. L'aptitude du frère d'Iberville, Bienville, pour l'apprentissage des langues indiennes, fit merveille. Il semblait que tous les Indiens de cette région parlaient la même langue. D'Iberville voulait aussi situer la tribu des Quinipissas où Tonti avait laissé la lettre pour La Salle. Les Indiens dirent qu'il y avait un vestige des Quinipissas qui vivaient avec la tribu ouma. L'expédition d'Iberville arriva à la frontière entre la tribu houma et les Bayogoulas et vit une spectaculaire perche rouge décorée de crânes d'animaux (la perche était utilisée pour marquer la frontière et c'est maintenant à cet endroit que se trouve la ville du "Bâton rouge").

D'Iberville apprit que le vestige quinipissa n'a jamais été vu par un quelconque Français auparavant. Ceci conduisit d'Iberville à se poser la question sur la vérité des renseignements sur lesquels il avait basé son expédition. Très désappointé, d'Iberville décida d'envoyer son frère et la majeure partie de l'expédition descendre le fleuve et de se rendre aux bateaux et lui-même se mit en route avec deux hommes dans des canoës pour explorer une autre route vers la côte décrite par les Indiens.

Du 26 au 30 mars, d'Iberville entra sur cette voie d'eau que ses hommes nommèrent la "D'Iberville"(plus tard, renommée Bayou Manchac). Avec des portages durs et la rencontre pénible d'embouteillages d'arbres flottants, les trois hommes arrivèrent à un lac qu'ils appelèrent "lac Maurepas" et puis à un autre plus grand le "lac Pontchartrain". Du lac Pontchartrain, d'Iberville finalement retourna vers ce qui est aujourd'hui la Côte du Golfe du Mississipi puis vers ses bateaux mouillés à "l'île des bateaux". Là, il apprit que son frère Bienville, quand il revint du Mississipi, trouva la fameuse lettre écrite par Tonti. Les Mogoulachas avait en leur possession cette lettre depuis toujours, mais il ont eu peur de le dire craignant que peut-être l'expédition n'était pas vraiment du même peuple que celui de La Salle. Bienville a convaincu le chef qu'il était vraiment Français. Maintenant, fatigué mais content d'être de retour aux bateaux, d'Iberville réalisa avec plaisir qu'il avait vraiment découvert l'entrée du Mississipi. Mais il restait à faire la seconde partie de la mission: établir un fort quelque part pour l'intérêt de la France.

(SUITE) LE PREMIER ÉTABLISSEMENT FRANÇAIS

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